“Mon voisin essaie de tuer mon chat avec un système de ‘Mort aux chats'”. Les mots choisis par Anastasia dans son message envoyé via notre bouton orange Alertez-nous faisaient froid dans le dos. Les photos assorties étaient encore pires.

Son chat a failli mourir, et la police locale a choqué la jeune fille en comparant l’animal à un objet. Pourtant, en cas d’attaque en justice, ce voisin risque jusqu’à 6 mois de prison. Et s’il avait été en Wallonie, ça pouvait même monter à 3 ans et jusqu’à 1 million d’euros d’amende.

Anastasia et sa famille vivent à Leeuw-Saint-Pierre (Sint-Pieters-Leeuw), en périphérie Bruxelloise. Avant le 1er mai dernier, ils n’avaient aucun problème avec leur voisin, même s’ils n’entretenaient pas forcément des rapports amicaux avec lui. Mais ce jour-là, la famille assiste à une scène terrifiante.

“On était en congé et on l’a vu placer ce dispositif. Il a fixé des lames de cutter, des petits couteaux et des clous” sur la palissade entre leurs deux cours extérieures et sur son balcon. Un véritable piège mortel pour tout animal qui aurait la mauvaise idée de venir chez lui.

Il a suffi d’une nuit…

Et ce qui devait arriver arriva. Le soir-même, ils laissent sortie leur chat, Kitty, pour la nuit. Mardi matin, “elle est rentrée à la maison avec 3 blessures, une au niveau du flanc, une au dos et une vers les pattes. On a paniqué, d’autant qu’elle avait peur et ne se laissait pas approcher. Quand elle s’est laissée faire, ma mère l’a amenée à la clinique vétérinaire pour l’opérer.”

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La police peu coopérative… jusqu’à ce qu’elle voie le chat et le piège

Aujourd’hui, Kitty va mieux, mais la réaction de la police de Leeuw-Saint-Pierre a fortement déçu Anastasia. “On l’a appelée le jour-même, mais la police a dit qu’ils ne savaient rien faire, que le chat n’était qu’un objet, qu’il fallait qu’un humain soit blessé pour qu’ils interviennent.”

La jeune fille n’en croit pas ses oreilles, mais comme “on n’osait pas trop aller parler au voisin parce qu’il est alcoolique”, ils ont insisté et une patrouille s’est finalement déplacée, non sans réticence.

“Après m’avoir expliqué que si je ne parlais pas néerlandais avec eux, ils ne savaient pas m’aider, ce qui m’a encore plus énervée, ils ont constaté les faits et ont vu le chat et les lames. Et là ils ont été choqués. Donc ils ont parlé au voisin et lui ont demandé de retirer ses installations, ce qu’il a fait. Il nous a aussi remboursé le vétérinaire, mais il a promis de remettre des pics” comme ceux qui éloignent les oiseaux.

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Ses propres enfants auraient pu se blesser sur le balcon

Et ça en est resté là, “il n’a rien eu”, dénonce Anastasia. De plus, les policiers l’auraient dissuadée de porter plainte. “Ils nous ont dit que ça n’aboutirait à rien.”

Résultat, cet homme n’est pas inquiété alors que son geste aurait pu être bien plus grave et que l’homme semble à tout le moins déséquilibré. “Il a lui-même deux enfants qui auraient pu se blesser sur le balcon et il n’était jamais venu nous dire que notre chat le dérangeait. Et là, il s’est levé le matin et s’est dit : je vais mettre des pièges coupants !”

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Blesser ou tuer un animal est interdit par la loi

Ce qu’Anastasia et sa famille ne savaient pas, c’est que contrairement à ce que la police leur a laissé entendre, tenter de tuer un animal est bel et bien un acte grave en Belgique et punissable par la loi.

Car si “un animal est encore considéré comme un meuble en Belgique”, rappelle le service juridique de l’Unité Bien-Être Animal (UBEA) du Service Public de Wallonie, “c’est un être vivant”. Et à ce titre, la loi du 14 août 1986 relative à la protection et au bien-être des animaux est très claire.

C’est d’ailleurs son Article 1er: “Nul ne peut se livrer, sauf pour des raisons de force majeure, à des actes (…) qui ont pour conséquence de faire périr sans nécessité un animal ou de lui causer sans nécessité des lésions, mutilations, douleurs ou souffrances.”

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D’abord prouver que le voisin avait l’intention de blesser le chat

Sur cette base, les maîtres de Kitty pourraient donc décider de poursuivre leur voisin en justice. Au civil, elles pourraient réclamer des indemnités et le remboursement des frais engendrés, mais l’homme a déjà réglé ce problème. Mais en introduisant une plainte au pénal, il risque bien plus gros que les 200€ de vétérinaire.

“Il faudra d’abord arriver à prouver l’intention de nuire à l’animal”, nous explique Fabrice Renard, inspecteur principal à la Société Royale Protectrice des Animaux (SRPA) de Liège. Dans le cadre de son métier, lui arrive d’être confronté à des cas comme celui-ci, même s’il n’a pas souvenir de l’utilisation de lames coupantes, et les tortionnaires utilisent souvent la même excuse. “C’est la même problématique avec les murs où on bétonne des tessons de bouteille dessus : les gens disent que c’est pour éviter qu’on pénètre chez eux.”

Pas les mêmes peines en Wallonie ou ailleurs en Belgique

Mais si l’intention de blesser Kitty peut être démontrée, ce voisin risque gros. Au minimum : un emprisonnement d’un mois à six mois et/ou d’une amende de 52€ à 2.000€.

Des peines déjà lourdes, mais que la Wallonie -régionalisation de certaines compétences oblige- a fortement alourdies depuis le 19 mars 2007. Dans le sud du pays, tuer ou blesser volontairement un animal y est aussi une infraction de 2ème catégorie selon un article du Code de l’Environnement de la Région wallonne. Là, “la peine d’emprisonnement va de 8 jours à 3 ans, et/ou l’amende va de 100€ à un million d’euros”, note le SPW.

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