« Il s’agit d’un loup gris ». La phrase est affirmative et ne souffre pas de contestation. Sauf qu’elle ne concerne pas les signalements de grands canidés en Ile-de-France mais… dans la Somme. Ce mercredi, la préfecture de ce département des Hauts-de-France a publié un communiqué pour confirmer qu’un loup a bien fait une incursion. Elle s’appuie sur les indices recueillis entre le 17 septembre et le 21 octobre par l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS).

Mais en Ile-de-France, aucune préfecture n’a publié le même genre d’informations. Et selon un collectif de biologistes, chercheurs ou étudiants, de l’université Paris sud à Orsay, cela ne risque pas d’arriver. Car contrairement à ce que certains ont avancé ces derniers mois, le loup ne serait pas de retour en Ile-de-France. Les animaux repérés et qui lui ressemble seraient en fait des chiens errants.

De fin 2016 au premier trimestre 2017, plusieurs signalements de canidés font grand bruit dans les Yvelines et dans l’Essonne. Un ou plusieurs loups se promèneraient entre la forêt de Rambouillet et la région du Dourdannais, en passant par Limours. L’observatoire du loup, qui rassemble plusieurs spécialistes, est formel : « le loup est aux portes de Paris ». Une certitude à laquelle l’ONCFS (seul organisme habilité à fournir une validation officielle) accorde « peu de crédit ».

Plusieurs biologistes, comme Nicolas Leport, étudiant en biodiversité des organismes et écologie à l’université Paris Sud, se passionnent pour l’affaire. Au point de créer un suivi des grands canidés en Ile-de-France.

« On a reconstitué l’enquête de A à Z, raconte Nicolas Leport. Nous avons interrogé toutes les personnes qui avaient fait des signalements, j’ai rencontré le propriétaire du poulain retrouvé dévoré dans le sud Essonne… Et surtout, nous avons sillonné le terrain, en particulier la forêt de Rambouillet. Après plusieurs mois d’observations, nous sommes quasi certains qu’il ne s’agit pas d’un loup mais d’un chien-loup, une race qui a la fâcheuse tendance à fuguer. »

La publication du suivi des grands canidés en Ile-de-France le 4 octobre dernier

« Nous voulons le capturer, l’identifier afin qu’il retrouve sa famille »

Tout s’est accéléré début octobre avec la publication d’une photo sur les réseaux sociaux. « Ce cliché pris en avril dernier dans l’Eure-et-Loire nous a permis de remonter jusqu’à un chien-loup enfui deux ans auparavant d’une ville de l’Essonne, annonce l’association des universitaires sur sa page Facebook. L’animal n’est pas un loup contrairement à la description mais bien un chien-loup tchécoslovaque, son propriétaire l’a reconnu. Notre intention n’est pas de tuer l’animal. Nous voulons le capturer, l’identifier afin qu’il retrouve sa famille et que les dégâts cessent. »

Le 12 novembre dernier, le collectif espérait faire une sortie en forêt de Rambouillet pour trouver des traces de tanière du canidé. « Mais les fougères sont encore trop présentes, il faut attendre qu’elles aient disparu, cela ne devrait plus tarder, annonce Nicolas Leport. Quand j’ai acquis la certitude qu’il ne s’agissait pas de loup, j’étais un peu déçu. Mais maintenant, je suis tout autant passionné. Car les chiens-loups sont finalement très méconnus et on dispose de peu de données sur cette espèce. S’ils commencent à faire des petits dans la région, il faudra prendre des mesures pour protéger le bétail, aider les éleveurs et sensibiliser le public sur les grands canidés. »

Comment les distinguer ?

Le chien-loup (photo) ressemble à s’y méprendre à un véritable loup. DR

Les animaux sont à chaque fois aperçus à plusieurs centaines de mètres. Difficile de faire la distinction entre un loup ou un chien-loup. Sachant que dans cette espèce, issue d’un accouplement entre un chien et une louve ou un loup et une chienne, il existe plusieurs races, la plupart du temps créées par hybridation.

Deux sont reconnues par la fédération canine internationale : le chien-loup tchécoslovaque, né du croisement entre le berger allemand et le loup des Carpates dans les années 1950 en URSS. Et le loup de Saarloos, né du croisement entre une louve européenne et un berger allemand dans les années 1930 provoqué par le Hollandais Leendert Saarloos.

Dans les années 2010, la préfecture de la Loire a publié, photos à l’appui, la liste des différences morphologiques entre le loup et le chien-loup tchécoslovaque : la ligne noire sur les pattes avant, présente chez le loup, les oreilles en pointe plus larges et plus longues chez le chien-loup, le masque labial blanc peu étendu sur la gueule du loup alors qu’elle s’étend jusqu’à la gorge voire jusqu’aux pattes avant chez le chien-loup.

CHIEN-LOUP-TCHECOSLOVAQUE

CHIEN-LOUP-TCHECOSLOVAQUE

 

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