Dans les profondeurs de la jungle en Malaisie, deux hommes perchés en haut d’un arbre agitent une torche brûlante pour tenter d’éloigner des milliers d’abeilles de leur essaim, afin de ramasser le précieux nectar, à leurs risques et périls. Ces chasseurs de miel font partie d’un groupe de villageois qui, chaque année, se rendent en expédition dans des lieux isolés de la forêt tropicale à la recherche de la production des abeilles sur des Tualang, une variété d’arbres géants. “Ce miel est riche en éléments nutritifs. On peut s’en servir comme un médicament, contre la toux par exemple“, raconte Abdul Samad Ahmad, qui participe depuis plus de 20 ans à ces aventures risquées.

Le miel malaisien de Tualang se vend cher, environ 150 ringgit (30 euros) le kilo, une fortune pour des villageois pauvres dans ce pays d’Asie du Sud-Est. Pour ces chasseurs de miel, rien de tel que de grimper au sommet d’arbres mesurant jusqu’à 75 mètres de haut et de recueillir ce miel unique produit par des abeilles se nourrissant des fleurs exotiques de la jungle. La saison de collecte s’étend de février à avril dans la forêt d’Ula Muda, quand des colonies d’abeilles arrivent d’autres régions d’Asie pour construire des ruches naturelles sur des branches de Tualang.

La production de miel est “menacée par l’abattage d’arbres et la réduction des forêts” pour faire de la place à des plantations et des habitations, relève Makhdzir Mardan, un spécialiste des abeilles à l’Université Putra Malaysia. Le nombre d’abeilles dans la forêt d’Ulu Muda a diminué ces dernières années. M. Mardan raconte avoir compté 128 ruches naturelles sur un seul arbre lors d’une expédition dans cette forêt en 1983 et n’en compter aujourd’hui que 40 au maximum. Des experts tirent depuis longtemps la sonnette d’alarme sur le déclin des colonies d’abeilles à travers le monde, surtout en raison des pesticides qui déciment les populations de pollinisateurs.

Enfoncés dans la jungle, M. Arshad et ses amis chasseurs de miel se désolent, il y a beaucoup moins de fleurs qu’auparavant. “Les endroits où les abeilles cherchent de la nourriture disparaissent“, constate M. Arshad. “S’il n’y a plus assez de fleurs, les abeilles ne viendront plus“.

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