morsure-de-chien

À travers un cas clinique humain, nous allons voir que la morsure de chien peut parfois avoir une issue dramatique et qu’il ne faut surtout jamais la sous-estimée.

Lorsqu’on parle de morsures de chien, la première maladie transmissible  qui vient à l’esprit de beaucoup de monde est la rage.

Cependant, Il y a bien d’autres maladies qui peuvent être transmises à l’être humain par morsures :

  • Les surinfections bactériennes (de loin les plus fréquentes)
  •  Bactéries responsables :
  1. Pasteurella
  2. staphylocoques et streptocoques
  3. Capnocytophaga canimorsus
  4. Moraxella sp, Corynebacterium sp, Neisseria sp, Bacteroides tectum, Fusobacterium sp et Porphyromons sp
  • Le tétanos
  • La rage
  • La maladie des griffes du chat (Bartonella henselae, transmise à l’humain par griffure ou morsure de chat)

D’autres maladies plus rares sont transmises principalement par les chats ou rongeurs :

  • La tularémie (par chat, lapin, renard)
  • La leptospirose (chat, rongeurs, cheval)
  • La peste (rongeurs)
  • Rat-bite fever (transmis par morsure de rongeurs)

Cas clinique humain dramatique suite à une morsure de chien

Cela se passe à Fréjus (dans le département du Var)  où un homme de 47 ans, apparemment en bonne santé, est mordu à la main par son propre chien.

La morsure n’étant pas trop importante, il décide de ne pas aller consulter un professionnel de la santé.

Petit détail qui a son importance: l’homme a subi une ablation de la rate en 1993 suite à un accident de la route .Il est donc asplénique (sans rate).

J+1: le lendemain se sentant fiévreux et pas dans son assiette, le propriétaire se rend chez son médecin traitant qui le met sous antibiothérapie  (pristinamycine (PYOSTACINE*))

J+3: L’homme est emmené en urgence au centre hospitalier intercommunal de Fréjus-St Raphael où il est admis en soins intensifs. Son état s’est empiré : un choc septique (septicémie) ainsi qu’une infection des tissus mous des doigts et de la main sont constatés par l’équipe clinique.

Quelques heures plus tard, des taches violacées sur l’ensemble du corps sont également constatées.

Un diagnostic de Purpura Fulminans suite à l’infection par la bactérie Capnocytophaga canimorsus est posé.

infection -par -Capnocytophaga-canimorsus.Ces taches sont la conséquence d’un problème de coagulation (coagulation intravasculaire disséminé)

Cette pathologie est extrêmement grave surtout chez des individus à système de défense diminué (ce qui est le cas ici).

Le patient est mis sous réanimation et perfusion d’un cocktail d’antibiotiques (cefotaxime, amoxicilline, ofloxacine, gentamicine).

J+5 : malheureusement le patient décède ,2 jours après son admission dans le centre hospitalier et 5 jours après la morsure de chien !

Des cultures de laboratoire et une analyse moléculaire du sang ont été effectués après la mort et ont confirmé le diagnostic d’infection par Capnocytophaga canimorsus.

Ce type d’infection suite à des morsures  n’est pas si rare, elle a déjà été décrite des centaines de fois à travers le monde même sur des patients qui n’avaient pas de problème au niveau du système immunitaire.

Parlons de cette bactérie Capnocytophaga canimorsus:

Bactérie décrite pour la première fois en 1976 par le service de bactériologie de l’hôpital d’Atlanta (Etats-Unis).

Elle fait partie de la flore habituelle de la cavité buccale (gingivale) d’un chien.

Cette bactérie peut provoquer de très graves infections (septicémie) jusqu’au décès et cela très rapidement après morsure ou  léchage.

Capnocytophaga canimorsusCe phénomène intervient surtout chez les patients avec un système de défense diminué et leur pronostic est très sombre :

  • En cas d’asplénie (absence de rate),
  • En cas d’hépatopathie
  • chez des personnes sous corticostéroïdes.

La rate agit comme un organe de défense, et aide l’organisme à se débarrasser de bactéries pathogènes. Elle joue un rôle important dans l’immunité anti-infectieuse.

La gravité de l’infection due à cette bactérie dépendra donc de l’état du système immunitaire du patient

Un patient développant un choc septique a un pronostic sombre avec près de 60 % de chance de décéder.

Les complications possibles sont :

  • gangrène
  • méningite
  • endocardite (infection des valves du cœur)
  • arthrite
  • infection des glandes surrénales
  • infection des yeux.

Capnocytophaga canimorsus peut aussi être un hôte normal de flore bactérienne de la cavité buccale du chat et peut être aussi transmis par griffure (rare)

Certaines espèces de Capnocytophaga produisent un enzyme (β-lactamase) qui rend inactif l’amoxicilline, aussi il faut préférer administrer l’association amoxicilline-acide clavulanique (Augmentin*)  comme antibiotique en première intention lors d’une morsure de chien ou de chat.

Quelles attitudes faut-il avoir après une morsure de chien ? 

Suite à une morsure de chien (même son propre chien), il est conseillé de suivre les étapes chronologiques suivantes :

  1. Rincer la plaie au sérum physiologique et ensuite désinfecter avec une solution iodée (Bétadine* dermatologique)
  2. Consulter systématiquement et immédiatement son médecin traitant qui prescrira une antibiothérapie préventive (amoxicilline-acide clavulanique (Augmentin*) ou clindamycine en association avec une quinolone.
  3. Injection d’un sérum antitétanique ou d’un rappel vaccinal en fonction de l’ancienneté de la protection

Pour le propriétaire du chien mordeur, il existe également des obligations :

  1. Chien mis immédiatement sous surveillance sanitaire auprès d’un vétérinaire sanitaire départemental : 3 visites à une semaine d’intervalle. Ceci dans le but d’écarter une éventuelle atteinte de la rage chez le chien mordeur.
  2. Si demandé par le maire ou préfet, faire une évaluation comportementale auprès d’un vétérinaire agréé qui signifiera le degré de dangerosité. (voir article

Conclusion sur la  prevention de morsure de chien 

La morsure de chien provoque bien souvent des surinfections bactériennes dont certaines peuvent être fatales comme nous l’avons vu.

Il ne faut jamais sous-estimer une morsure de chien ou de chat.

Consulter systématiquement un médecin  après une morsure est la meilleure attitude.

Si en plus vous faites partie des catégories de personnes à système de défense affaibli, il est impératif de consulter et de le signaler à son médecin traitant qui prescrira le bon antibiotique de première intention.

 

 

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